
Au Gabon, Brice Clotaire Oligui Nguema veut donner un nom et surtout une méthode à sa manière de gouverner : l’Oliguisme. Derrière le terme se dessine une ambition plus large : rompre avec certaines habitudes de l’administration, remettre le résultat au centre de l’action publique et convaincre les Gabonais que la Ve République peut gouverner autrement.
Le défi est considérable. Car Oligui Nguema doit également répondre à une critique qui l’accompagne depuis son arrivée au pouvoir : celle d’avoir lui-même été un homme du système qu’il entend aujourd’hui transformer.
Faire différemment
L’Oliguisme veut d’abord se mesurer aux actes.
Le discours présidentiel insiste régulièrement sur l’exécution des décisions, les échéances et l’amélioration concrète des conditions de vie. Dès mai 2025, le Conseil des ministres évoquait ainsi la nécessité d’une « rupture visible » avec les lenteurs du passé et d’un changement mesurable pour les Gabonais.
Cette philosophie pourrait se résumer simplement : une décision publique n’a de valeur que lorsqu’elle produit un résultat pour la population.
Routes, logements, eau, électricité, écoles, emplois ou développement industriel : l’État doit pouvoir montrer ce qui a réellement changé.
Salaires, primes : remettre de la cohérence
Cette volonté touche également un sujet particulièrement sensible : la rémunération dans le secteur public.
Le gouvernement s’est engagé dans le plafonnement de certaines rémunérations des dirigeants et personnels des établissements publics, entreprises publiques, sociétés d’État et autorités administratives indépendantes.
Le système des primes est lui aussi questionné. Des travaux gouvernementaux sur les régies financières ont notamment porté sur l’harmonisation des grilles de calcul et relevé des anomalies dans leur gestion.
L’enjeu dépasse la réduction des dépenses. Il s’agit d’introduire davantage de cohérence entre fonction, responsabilité, rémunération et performance.
Accumuler des primes sans logique suffisamment lisible fragilise la confiance dans l’État. À l’inverse, une rémunération publique transparente, justifiable et liée aux responsabilités exercées peut participer à la restauration de cette confiance.
Le terrain plutôt que le seul bureau
Autre dimension de la méthode : la confrontation permanente entre les décisions prises au sommet et leur traduction sur le terrain.
Un projet annoncé n’est pas un projet réalisé.
Visiter les chantiers, interroger les responsables, vérifier les délais et demander pourquoi une infrastructure n’avance pas constituent donc plus qu’une stratégie de communication. Cette présence peut devenir un instrument de contrôle de l’action publique, à condition qu’elle soit suivie de décisions lorsque les objectifs ne sont pas atteints.
Le peuple comme référence
Le discours d’Oligui Nguema revient constamment vers un même destinataire : le peuple gabonais.
Cette référence crée cependant une obligation supplémentaire. Si l’action publique est menée au nom du peuple, ses résultats doivent pouvoir être appréciés par celui-ci.
L’Oliguisme devra donc être évalué moins par le nombre d’annonces que par des indicateurs beaucoup plus simples : combien de projets terminés ? Combien d’emplois créés ? Combien d’entreprises développées ? Quelle amélioration de l’accès à l’eau, à l’électricité, aux transports ou au logement ? Quelle évolution du pouvoir d’achat ?
Installer la culture du résultat
C’est probablement ici que se trouve la dimension la plus intéressante de cette méthode pour l’économie.
En juillet 2026, lors d’un conseil consacré aux régies financières, le président a demandé davantage de performance, de transparence et de redevabilité, avec notamment un suivi mensuel des décisions.
Une véritable culture du résultat change la question posée au responsable public.
On ne lui demande plus seulement : « Quel budget avez-vous reçu ? »
On lui demande également : « Qu’avez-vous réalisé avec cet argent ? »
Cette évolution est essentielle pour un pays qui souhaite accélérer ses investissements publics tout en maîtrisant ses finances.
Faire oublier l’image de « l’homme du système »
C’est peut-être le défi politique le plus personnel de Brice Clotaire Oligui Nguema.
Avant d’incarner la rupture, il a lui-même évolué au sein de l’appareil d’État gabonais. Ses détracteurs peuvent donc lui opposer cette continuité.
Sa réponse ne pourra probablement pas être uniquement rhétorique.
Pour faire oublier cette image d’« homme du système », il lui faudra démontrer qu’avoir connu le système ne signifie pas nécessairement vouloir le reproduire.
Il peut même tenter de transformer cette faiblesse apparente en avantage : connaître les mécanismes internes, les habitudes administratives et les résistances peut permettre de savoir précisément où intervenir.
Mais cette démonstration se fera uniquement par les résultats.
L’Oliguisme sera jugé sur ce qu’il produit
L’Oliguisme pourrait finalement se définir autour de quelques principes : proximité avec le terrain, discipline dans la gestion publique, rationalisation des avantages, responsabilité des dirigeants, référence permanente au peuple et culture du résultat.
Mais une doctrine de gouvernance ne devient véritablement crédible que lorsqu’elle survit à son initiateur et se transforme en pratiques institutionnelles.
Le véritable succès ne serait donc pas seulement qu’Oligui Nguema obtienne personnellement des résultats.
Ce serait que demain, au Gabon, un ministre, un directeur général, un responsable de projet ou un gestionnaire de fonds publics considère comme normal de devoir rendre compte de ce qu’il a reçu, de ce qu’il a fait et du résultat obtenu pour la population.
Si cette culture s’installe durablement, alors l’Oliguisme pourrait dépasser le slogan politique pour devenir une véritable méthode de gouvernance.
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