Diplomatie, sécurité et économie au cœur d’un tournant régional majeur
Par la rédaction – Ecofinance.info
Le 22 janvier 2026, à Washington, la sous-commission Afrique de la House Foreign Affairs Committee a tenu une audition stratégique consacrée à la paix entre la République démocratique du Congo et le Rwanda.
Au centre des échanges : les Washington Accords for Peace and Prosperity, présentés par leurs promoteurs comme une tentative structurée et ambitieuse pour mettre un terme à l’un des conflits les plus longs et les plus meurtriers du continent africain.

Présidant cette audition, le congressman américain Chris Smith a livré un discours dense, mêlant rappel historique, exigences sécuritaires et vision économique régionale.
Un conflit ancien, un coût humain et économique colossal
Depuis plus de deux décennies, l’Est de la RDC est le théâtre de violences récurrentes, impliquant groupes armés locaux et dynamiques régionales complexes. Le bilan humain — souvent estimé à plusieurs millions de morts — s’accompagne d’un coût économique considérable : infrastructures détruites, investissements freinés, chaînes d’approvisionnement perturbées et perte de confiance durable.
Lors de son intervention, Chris Smith a rappelé la gravité de cet héritage :
« Le coût humain de ce conflit, estimé à plusieurs millions de morts, est à la fois vertigineux et intolérable. »
Ce constat sert de toile de fond aux Washington Accords, qui se veulent une réponse globale à une crise longtemps gérée par des mécanismes jugés insuffisants ou fragmentés.
Les Washington Accords : une approche globale et structurée
Contrairement aux initiatives précédentes, les Washington Accords ambitionnent de lier sécurité, diplomatie et économie dans un cadre cohérent. Leur originalité tient notamment au fait que la RDC et le Rwanda ont accepté de négocier à la même table, sous médiation américaine, avec des engagements précis et des mécanismes de suivi.
Selon Chris Smith :
« Cette paix, habilement et brillamment négociée, inaugure une nouvelle ère dans la région, où la paix par la force et par l’engagement économique est mise à contribution pour mettre fin à un conflit long, sanglant et coûteux. »
L’économie comme socle de la paix régionale
Un pilier central des Accords repose sur le Regional Economic Integration Framework, destiné à transformer la coopération économique en levier de stabilité.
Ce cadre prévoit l’élaboration d’une feuille de route commune entre la RDC et le Rwanda, couvrant :
- les chaînes d’approvisionnement en minerais stratégiques,
- les infrastructures régionales,
- l’énergie,
- le tourisme,
- et d’autres secteurs à fort potentiel.
« L’objectif est d’ancrer la paix dans une prospérité partagée et d’attirer des investissements durables », a souligné Chris Smith.
Ce dispositif est complété par des Strategic Partnership Agreements liant séparément les États-Unis à chacun des deux pays, intégrant réformes économiques, gouvernance des minerais critiques et coopération sécuritaire, en cohérence avec les intérêts stratégiques américains.
Gouvernance minière et chaînes d’approvisionnement responsables
Les Washington Accords accordent une place particulière à la question des minerais, secteur clé pour les économies de la région et pour les industries mondiales de l’énergie et de la technologie.
Le texte insiste sur :
- la traçabilité complète des chaînes d’approvisionnement,
- la diligence raisonnable,
- le respect des normes internationales,
- et la lutte contre le travail des enfants et le travail forcé.
Ces engagements visent à renforcer la crédibilité de la région auprès des investisseurs internationaux et à répondre aux préoccupations croissantes liées à l’origine des minerais stratégiques.
Sécurité : FDLR, retrait rwandais et responsabilités partagées
Sur le plan sécuritaire, les Accords reposent sur un concept d’opérations en quatre phases, conditionnant le retrait progressif des forces rwandaises à des avancées concrètes dans la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
« La présence persistante des FDLR demeure une préoccupation majeure pour la sécurité du Rwanda », a rappelé Chris Smith.
Le rôle du M23 a également été évoqué, le responsable américain soulignant la nécessité de clarté et de cohérence dans la mise en œuvre des engagements sécuritaires, tant du côté rwandais que congolais.
Géopolitique, sanctions et rivalités économiques
Les Washington Accords s’inscrivent aussi dans un contexte géoéconomique plus large, marqué par la rivalité entre puissances sur l’accès aux ressources africaines.
Chris Smith a salué les sanctions américaines prises sous l’impulsion du secrétaire d’État Marco Rubio contre certaines entreprises accusées de financer des groupes armés par le biais du commerce des minerais.
« De la mine à la voiture électrique, l’ensemble de la chaîne de valeur ne peut plus être construite sur la violence », a-t-il insisté.
Une volonté politique assumée au plus haut niveau en RDC
Au-delà des dynamiques internationales, la recherche d’une solution durable repose également sur la volonté politique nationale. À ce titre, le rôle du Président Félix Tshisekedi mérite d’être analysé avec attention.
Depuis son accession au pouvoir, le chef de l’État congolais a placé la question de la paix à l’Est de la RDC au cœur de son action politique et diplomatique. Multipliant les déplacements internationaux, les initiatives diplomatiques et les prises de position sur la scène régionale et mondiale, il a contribué à maintenir ce dossier au centre de l’agenda international.
Si ses choix politiques, ses méthodes ou ses orientations peuvent susciter des débats — ce qui est inhérent à toute gouvernance démocratique — il est néanmoins difficile d’ignorer la constance de son engagement personnel sur ce dossier. La volonté de voir ce conflit trouver une issue pendant son mandat apparaît comme un objectif clairement assumé.
Dans cette perspective, les Washington Accords représentent une opportunité diplomatique majeure, susceptible de traduire cette volonté politique en mécanismes concrets, à condition que l’ensemble des parties prenantes respectent leurs engagements.
Un tournant à confirmer par des résultats concrets
Les Washington Accords ne constituent ni une solution miracle ni une garantie automatique de paix. Ils offrent toutefois un cadre structuré, combinant sécurité, économie et diplomatie, là où les approches fragmentées ont montré leurs limites.
Pour la RDC et le Rwanda, l’enjeu est désormais de transformer les engagements en résultats mesurables : amélioration de la sécurité, relance économique régionale, retour de la confiance des investisseurs et, surtout, protection durable des populations civiles.
Pour les partenaires internationaux, il s’agit d’accompagner ce processus avec constance et cohérence, en veillant à ce que la paix ne soit pas seulement déclarée, mais effectivement vécue sur le terrain.
La réussite des Washington Accords dépendra de leur mise en œuvre effective et de la capacité des acteurs concernés à inscrire la paix dans une dynamique économique durable, lisible et partagée. C’est dans cette perspective qu’Ecofinance.info entend continuer à analyser et accompagner les évolutions régionales




